(Clarified French Translation Preserved in the Archive)

Title

Traduction de la copie de la lettre russe de Serge Ivanovitch Mouraviev-Apostol à son frère aîné

 Matvei Ivanovitch de la casemate à la forteresse Pierre et Paul à Pétersbourg, en 1826.

Mon cher ami et frère Matioucha,

Je rends grâce à la Divine Providence qui m'a conduit, à travers les circonstances présentes, à une compréhension véritablement chrétienne de ma situation.

La foi en Dieu, la repentance sincère et la méditation de l'Évangile ont apporté la paix à mon âme. Mon cœur, humilié et profondément contrit, a trouvé une consolation que je ne connaissais pas auparavant.

Je reconnais aujourd'hui plus clairement que jamais ma faiblesse et l'infinie miséricorde de notre Sauveur. Les souffrances qui me sont échues ne me paraissent plus seulement comme un malheur, mais comme un moyen par lequel Dieu rappelle l'homme à Lui.

Un cœur sincèrement repentant découvre dans l'épreuve non seulement la douleur, mais aussi l'instruction et le salut. En acceptant la volonté de Dieu, l'homme trouve une paix que ni les circonstances ni les hommes ne peuvent lui enlever.

Tu sais que j'ai souvent réfléchi à la question du suicide. Beaucoup, dans les moments de détresse, s'imaginent avoir le droit de disposer de leur propre vie. Ils considèrent la mort comme une délivrance et pensent pouvoir échapper à leurs souffrances en mettant fin à leur existence.

L'Évangile enseigne le contraire.

L'homme n'est pas maître de sa vie. La vie est un don confié par Dieu, et Dieu seul possède le droit d'en fixer le commencement et la fin.

Se donner la mort n'est pas un acte de courage. C'est une révolte contre la Providence. C'est vouloir fuir l'épreuve que Dieu permet pour notre correction et notre salut.

Judas, après avoir trahi le Sauveur, s'abandonna au désespoir et se donna la mort. Son suicide n'effaça pas sa faute et ne lui apporta aucune paix.

Le Christ, au contraire, accepta volontairement la souffrance. Il supporta l'humiliation, la douleur et la mort elle-même dans l'obéissance à la volonté du Père.

Ainsi le chrétien ne doit pas fuir la souffrance, mais l'accepter avec foi.

Les épreuves que Dieu permet ne sont jamais sans raison. La prospérité conduit souvent l'homme à l'oubli de Dieu, tandis que l'adversité lui révèle sa faiblesse et lui apprend l'humilité.

Par l'humilité vient le repentir, et par le repentir l'homme se rapproche de Dieu.

C'est pourquoi de nombreux saints considéraient les afflictions non seulement comme des châtiments, mais aussi comme des moyens de purification spirituelle.

Si nous recevons nos épreuves avec foi, elles deviennent un instrument de salut. Si nous les recevons avec révolte, elles ne produisent que l'amertume.

La différence ne réside pas dans la souffrance elle-même, mais dans la disposition du cœur.

Mon cher Matioucha, ne te laisse pas accabler par le chagrin. Aucune épreuve terrestre ne peut priver l'homme de la consolation qui vient de Dieu.

Tout ce qui nous arrive est permis par la Providence, même lorsque nous ne comprenons pas son dessein. Nous ne voyons qu'une faible partie de ce que Dieu voit dans son éternité.

Je sais combien les événements actuels sont douloureux pour notre famille. Je sais combien de larmes ont déjà été versées et combien d'autres pourront encore l'être. Pourtant nous ne devons jamais céder au désespoir.

Prie. Aie confiance en Dieu. Cherche ton réconfort dans l'Évangile et dans les enseignements de notre foi.

Les souffrances de cette vie sont passagères ; la miséricorde de Dieu est éternelle.

Si nous demeurons fidèles, même les plus grandes afflictions finiront par servir à notre bien.

Ne place donc pas ta confiance dans la force humaine, qui est fragile et passagère, mais dans la bonté de Dieu qui n'abandonne jamais ceux qui Le cherchent sincèrement.

Si ces réflexions peuvent t'être utiles, je remercierai Dieu de m'avoir permis de te les transmettre. Elles ne sont pas les paroles d'un sage, mais celles d'un homme qui a appris par la souffrance à mettre sa confiance dans la miséricorde divine.

Ne te souviens pas de moi avec un excès de tristesse. Souviens-toi plutôt de moi dans tes prières et demande à Dieu de pardonner mes fautes.

Quel que soit le sort qui m'attend, je demeure en paix dans la conviction que tout est gouverné par la Providence.

Si nous restons fidèles, aucune séparation terrestre ne pourra véritablement nous diviser. Les liens créés par l'amour chrétien sont plus forts que les malheurs et même plus forts que la mort.

Que le Sauveur te fortifie dans toutes les épreuves, conserve ta foi et te donne la paix du cœur.

Reçois une nouvelle fois l'assurance de mon affection fraternelle et de mon amour sincère.

Je t'embrasse de tout mon cœur et te confie à la protection de Dieu.

Ton frère dévoué,

Serge.